jeudi 4 juillet 2013

PRODUITS DE MAQUILLAGE DU VISAGE





Introduction:

Les produits de maquillage, rouge à lèvres, fond de teint, fard à paupières, mascara existent depuis des siècles mais n'ont pas cessé de s'améliorer au cours du temps tant au point de vue de leurs performances technologiques que de leur tolérance. Les progrès de la galénique et l'apparition de nouvelles matières premières ont permis d'améliorer considérablement les textures, l'effet obtenu et la durée de cet effet. Néanmoins, de nouvelles exigences apparaissent. Les produits doivent être agréables tout en assurant une tenue parfaite.



 Le côté pratique de l'application prend une importance considérable : raisins qui ne cassent pas, poudres qui ne s'envolent pas, vernis à ongles à séchage ultrarapide, etc. Ils doivent être non seulement parfaitement tolérés mais également traitants aussi bien que masquants. L'association avec le soin a transformé le maquillage de même que l'apparition de pigments spéciaux capables d'estomper les rides. Les dernières avancées de la technique tendent à s'affranchir de la présence des pigments inertes physiquement en recréant la nanostructure des matériaux disposés en multicouches à la base des couleurs naturelles . On obtient ainsi diverses couleurs par phénomène d'interférences.

Le maquillage autrefois réservé aux demi-mondaines puis de préférence aux jeunes femmes, s'impose actuellement à tous les âges et à toutes les catégories sociales. Il tente même quelques incursions dans le domaine masculin et devient spécifique pour les peaux colorées . Enfin, il déborde le cadre de l'ornementation du sujet sain pour devenir postchirurgical en s'adaptant aux peaux hypersensibles des visages ou des bustes fragilisés par les opérations et il investit les hôpitaux psychiatriques.
Comme toute la cosmétique, le maquillage suit les tendances de fond de la consommation et du style de vie mais plus que tout autre produit il est avant tout lié à la mode. 
En France, les produits de maquillage (lèvres, ongles, yeux, visage) développaient en 2006 un chiffre d'affaire HT de 700 millions d'euros, ce qui représente environ 12 % du marché total de la cosmétique. Le marché mondial du maquillage s'établissait à 23,6 milliards de dollars en 2003 . Il est relativement stable en Europe . 





Colorants :
Dénomination et législation :

Qui dit produit de maquillage dit colorant. Il est en effet difficile de concevoir l'un sans l'autre. Les colorants utilisés pour le maquillage, tout en étant d'origines diverses sont soit des pigments, colorants totalement insolubles dans l'huile et dans l'eau, soit des laques. Insolubles aussi dans l'huile et dans l'eau, les laques sont obtenues par fixation d'un colorant soluble sur un support inerte (hydroxydes d'aluminium, de calcium, de baryum ou de strontium). 
La législation des colorants utilisables en cosmétique est variable selon les pays, ce qui ne facilite pas les échanges et la compréhension des études réalisées. 
L'Europe admet une liste relativement large incluant pour une grande part les colorants d'origine synthétique mais aussi quelques colorants d'origine naturelle. Ils sont inscrits à l'annexe IV de la Directive cosmétique européenne et sont référencés sous la seule dénomination valable pour leur identification, celle du Color Index (le sigle CI associé à un numéro compris entre 10 000 et 80 000). Le numéro du Color Index correspond à une classe chimique ou à une origine minérale ou végétale ce qui donne un renseignement immédiat sur la nature du colorant. (Le Color Index est un dictionnaire britannique des colorants et non un indice colorimétrique comme on le voit parfois dans certains textes. Il référencie la totalité des colorants utilisés dans tous les domaines : textile, cosmétique, plastique, etc.) 
La liste européenne est constituée de quatre catégories : 
• colorants admis pour tous les produits cosmétiques ;
• colorants admis pour tous les produits cosmétiques sauf dans les produits pour les yeux ;
• colorants admis pour les produits qui ne sont pas destinés à entrer en contact avec les muqueuses ;
• colorants utilisables uniquement dans les produits entrant en bref contact avec la peau. 
La Food & Drug Administration aux États-Unis n'autorise qu'une trentaine de colorants classés en trois catégories : 
• FDC (Food, Drug and Cosmetic) ;
• DC (Drug and Cosmetic) ;
• External DC (Drug and Cosmetic) pour usage externe uniquement. 
Leur dénomination inclut la catégorie, la couleur et un numéro à 1 ou 2 chiffres. Les études réalisées sur les colorants utilisent très souvent la dénomination américaine sans donner la correspondance du Color Index, pratique gênante pour l'identification . 
Les colorants ne sont pratiquement jamais purs. Ils contiennent des « charges » non colorées, des traces de métaux, des résidus de synthèse. 
Pour les colorants cosmétiques, en particulier pour ceux qui peuvent être mis en contact avec les muqueuses, les exigences de qualité sont les mêmes que pour les colorants alimentaires. 
Pour les colorants alimentaires, la législation est très stricte. Sont interdits : 
• certaines impuretés telles que des amines aromatiques et le benzopyrène ;
• les traces de mercure. 
La quantité de plomb, d'arsenic et autres métaux est strictement réglementée et ne doit pas dépasser des quantités très faibles, de l'ordre d'une partie par million (1 ppm). 
La recherche des impuretés imposée actuellement par la législation constitue un problème analytique majeur mais l'identification et la quantification de ces impuretés permet de connaître la cause de certaines réactions allergiques ou d'éliminer les risques de cancérogénicité par éviction de la substance incriminée.



Colorants des produits de maquillage :
Les colorants d'origine minérale sont le plus souvent des pigments et plus particulièrement des oxydes. Certains sont colorés (oxyde de fer : noir, brun, rouge, jaune, oxyde de chrome : vert), d'autres sont des pigments blancs (oxyde de titane = CI 77 891, oxyde de zinc = CI 77947). On trouve aussi des sels complexes (pyrophosphate de manganèse : violet ; sulfosilicate d'aluminium : outremer ; ferrocyanure ferrique : bleu de Prusse). 
Parmi les colorants d'origine animale, le seul encore utilisé est le carmin. Il provient de la pulvérisation d'insectes femelles du genre coccus cacti. On en retire l'acide carminique, soluble, qui est ensuite présenté sous forme de laque insoluble, le carmin, de couleur rouge. 
Les colorants d'origine végétale (caroténoïdes, bétanine, anthocyanes) sont peu utilisés dans les produits de maquillage parce que hydro- ou liposolubles. Ils colorent les muqueuses et la peau de façon quasi indélébile par suite de leur solubilité qui permet une fixation très solide au niveau de la couche cornée (liposolubilité) ou de la muqueuse (hydrosolubilité). Les pigments (insolubles) n'ont qu'une action superficielle. La récente présentation des colorants végétaux sous forme de laque, en les rendant presque insolubles, a pour but de faciliter leur emploi. 
Les colorants d'origine synthétique sont extrêmement nombreux. Dans les produits de maquillage on utilise surtout, toujours sous forme de pigments ou de laques : 
• les dérivés azoïques : rouges ou jaunes ;
• les fluorescéines bromées ou iodées qui sont des colorants jaunes, rouges, roses, violets plus ou moins fluorescents généralement transformés en laques ;
• les phtalocyanines, colorants verts, bleus, violets ;
• les dérivés du triphénylméthane, colorants verts, bruns. 
Les nacrants, micatitane, mica-oxychlorure de bismuth, fournissent des couleurs interférentielles ou sont associés à des colorants. Les paillettes de matière plastique sont actuellement fort appréciées pour des effets de brillance intense. 
Les pigments actuels sont le plus souvent « enrobés » avec des substances hydrophobes (silicone) ou hydrophiles (collagène) ou encore amphotères (lécithine et dérivés). Cet enrobage modifie leur état de surface, les rend plus compatibles avec les autres constituants de la formule, facilite leur dispersion et leur tenue sur le support (peau ou muqueuse) . 
Les colorants des produits de maquillage sont des pigments ou des laques, tous insolubles, principalement d'origine minérale ou synthétique. Le seul colorant d'origine animale est le carmin. Ils sont étiquetés sous la numérotation du Color Index (CI 45 000 par ex.). Ils sont soumis à une législation stricte sous forme de liste positive. 

Maquillage des lèvres :

En 2006, la coloration des lèvres représentait 19 % du total des produits de maquillage . C'est un poste plutôt stagnant, les jeunes femmes favorisant de préférence le maquillage des yeux pour le quotidien. Néanmoins, et peut-être pour cette raison, les innovations dans le domaine des formulations et des présentations sont constantes.



Historique :
Sans entrer dans le détail de l'historique du rouge à lèvres, on peut dire que la coloration des lèvres remonte à la plus haute Antiquité. Les Égyptiennes utilisaient une préparation à base d'argile rouge ou de pierres semi-précieuses broyées qu'elles appliquaient à l'aide d'un bâtonnet, des pétales de roses pilés, les Grecques une substance d'origine végétale extraite de la racine d'orcanette, des mûres écrasées ou du jus de raisin noir. Le carmin de cochenille et la pourpre de Tyr ont probablement été utilisés pour colorer les lèvres à cette époque bien qu'il en soit rarement fait mention. 
Après une longue période d'abandon, on retrouve l'utilisation du rouge à partir du xviesiècle avec l'emploi de poudres minérales toxiques, en particulier au cours des xviie etxviiie siècles. 
Au xixe siècle apparaît une sorte de pommade à base de cire, d'axonge et de colorants végétaux (orcanette et raisin) présentée sous forme de bâton. C'est l'origine du stick à lèvres actuel. Le terme « raisin » utilisé dans la profession pour désigner le bâton de rouge est dérivé de cette composition. 
La célèbre « Pommade Rosat » utilisée pendant longtemps pour traiter les lèvres gercées était à base de cire blanche, vaseline ou cire de cachalot, huile de vaseline, essence de rose et carmin. 
Le xxe siècle, à partir des années 1920, a vu le développement fulgurant du maquillage en général, des rouges à lèvres en particulier. L'évolution de leur composition a été intimement liée à celle des matières premières, aux exigences des consommatrices, à la recherche d'une tolérance irréprochable, d'une tenue parfaite et de longue durée. Actuellement, le concept de soin associé au maquillage est constant.



Composition :
La formulation d'un rouge à lèvres classique est extrêmement complexe et comporte souvent une trentaine de constituants dont les principaux sont : 
• des cires (cire d'abeilles, cire de carnauba, de candelilla, cire de riz, cires synthétiques) ;
• des huiles végétales (noisette, sésame, macadamia, jojoba, huile de ricin) ;
• des huiles végétales hydrogénées ;
• des alcools gras (alcools oléique, hexadécylique, tétrahydrofurfurylique, octyldodécanol) ;
• des esters gras ramifiés (isononanoate d'isononyle, octyl palmitate, octyldodécyl néopentanoate, di-isopropyl dilinoléate, etc.) ;
• des silicones (diméthicone, silicones volatils) ;
• des pigments et des laques ;
• des additifs : antioxydants, conservateurs, agents de thixotropie (ils permettent d'obtenir au repos une viscosité élevée qui diminue sous agitation pour revenir à l'état initial lorsque l'agitation cesse), parfum. 
La constitution du « corps cire » ou « corps blanc » ou « corps incolore », c'est-à-dire du bâton sans colorant est un perpétuel équilibre entre les corps gras qui fournissent résistance et dureté et ceux qui donnent le fondant et la facilité d'étalement. 
Les conservateurs les plus employés sont les parabens associés au phénoxyéthanol, parfois le Dowicil 200® un donneur de formol. Les agents de thixotropie sont choisis parmi les argiles quaternisées. Ils évitent la sédimentation des pigments au moment de la fabrication. Les parfums sont le plus souvent des aromatisants. 

Différents types de rouges à lèvres :
Les plus anciens sont les rouges à lèvres indélébiles dont le fameux Rouge Baiser® qui contenait des sels solubles de fluorescéine. Ceux-ci coloraient la muqueuse, assurant une coloration de longue durée. Ils ont donné lieu à des épidémies de chéilite dues au caractère allergisant de la fluorescéine. Le remplacement des sels solubles par les bases liposolubles, les bromacides, a permis de supprimer l'intolérance, mais au détriment de la tenue. Les rouges à lèvres indélébiles actuels dits « non transfert » doivent leurs caractéristiques non plus au colorant mais aux fixateurs qui empêchent le film gras d'être éliminé facilement. Ce sont des silicones volatils, tétra- ou pentasiloxane associés à des résines silicone, qui augmentent la résistance du film gras. 
Les rouges à lèvres gras sont destinés à traiter les lèvres sensibles, sèches, plus ou moins gercées. Ils demeurent en surface, sont très brillants mais tiennent peu. Les semi-gras qui représentent la tendance actuelle sont brillants et tiennent mieux que les précédents. 
Les rouges à lèvres mats sont couvrants, sans épaisseur. Ils contiennent une forte proportion de poudres absorbantes (talc, kaolin, silice, dérivés de polyéthylène). Ils ont l'inconvénient d'être très secs et parfois durs à l'application. Ils ne conviennent pas aux muqueuses fragiles. 
Les rouges à lèvres hypoallergéniques sont brillants, gras, souvent non parfumés et dépourvus dans leur composition de tout ingrédient supposé allergisant. Les parfums utilisés sont eux-mêmes certifiés hypoallergéniques. 
Les brillants à lèvres ou lip-gloss sont à base de substances lipophiles à forte brillance telles que les silicones résineux, le poly-isobutène. Ils peuvent être appliqués sur un rouge à lèvres d'où la nécessité d'un certain côté collant et filant.



Tolérance :
Les réactions dues aux rouges à lèvres sont connues depuis longtemps. La chéilite du rouge a été décrite par Sidi dans les années 1950-1960. Elle demeure la dermatose le plus souvent rapportée. Qu'elle soit le résultat d'une réaction de sensibilisation ou d'irritation elle n'est pas liée exclusivement à la présence des colorants. Toutefois, les dérivés du xanthène tels que les fluorescéines halogénées liposolubles sous forme acide, hydrosolubles sous forme de sels sont réputés être allergisants et photosensibilisants. De plus, en milieu fortement peroxydé, ils deviennent irritants par déplacement de l'halogène. Ce phénomène est susceptible de se produire même lorsqu'ils se trouvent sous forme de laque. Ils ont été très souvent mentionnés dans la littérature ancienne mais il semblerait que les fabrications actuelles du colorant et du produit fini puissent conduire à une meilleure stabilité en évitant le relargage. Les dérivés azoïques sont aussi de bons réactogènes mais on s'attache actuellement davantage à leur potentialité carcinogène ou mutagène. Le DC Red 36 a été considéré comme non carcinogène alors que le DC Orange 17 est manifestement mutagène
Outre les colorants, d'autres ingrédients sont mis en cause dans l'apparition des chéilites : le propylène glycol (solvant) et le propyl gallate (antioxydant) , l'acide ricinoléique constituant de l'huile de ricin , quelques diesters tels que isopalmityl diglycéryl sébaçate , glycéryl di-isostéarate, di-isostéaryl malate , le bisabolol (anti-inflammatoire !) , un copolymère polyvinylpyrrolidone-hexadécène . 
En revanche, les diesters de l'acide linoléique : di-isopropyl, dicétéaryl, di-isostéaryl, dioctyl, dioctyldodécyl, ditridécyl, employés à des concentrations parfois très élevées dans les rouges à lèvres (jusqu'à 57 %) sont considérés comme non irritants et non sensibilisants . 
Sous l'effet d'un rayonnement ultraviolet, certains rouges à lèvres peuvent générer des espèces réactives de l'oxygène entraînant une peroxydation lipidique d'où l'intérêt de la présence de filtres solaires à l'exclusion de la benzophénone-3 bien connue pour son potentiel allergisant. 
L'analyse de 75 cas de chéilite observés sur des sujets de 9 à 79 ans pour en déterminer la cause a montré que 36 % des cas relevaient d'une irritation de contact, 25 % d'une dermatite allergique, 19 % d'un eczéma atopique, le reste demeurant de cause indéterminée . Par ailleurs, une étude portant sur 146 cas étalés sur une période de 19 ans utilisait les patch-tests pour diagnostiquer la réactivité allergique des sujets. Pour 22 % d'entre eux, ils réagissaient aux allergènes classiques (fragrance mix, shellac, colophane, baume du Pérou), 18 % ne réagissaient qu'avec leurs propres produits . Dans une autre étude émanant du North American Contact Dermatitis Group sur 10 061 patients ayant des problèmes de lèvres, chez seulement 196 d'entre eux les lèvres étaient seules concernées et 75 présentaient une chéilite allergique de contact. Parmi ceux-ci, 27 réagissaient à leurs seuls produits . 



Contrôles : 
Les fabricants procèdent surtout à des contrôles physicochimiques : 
• indice de rupture, point de goutte (température à laquelle le matériau gras étudié produit une goutte ; c'est une valeur spécifique des corps gras remplaçant la mesure du point de fusion qui leur est peu applicable), mesure des exsudations ;
• évaluation de la capacité de rancissement, mesure particulièrement importante compte tenu de la présence de corps gras souvent insaturés en grande quantité, des pigments qui sont des initiateurs d'oxydation et de l'incorporation d'air à chaud au cours de la fabrication ;
• courbes de fusion par Differential Scanning Calorimetry (DSC) qui doivent être reproductibles. 
Le test de tolérance est un test in vivo sur la muqueuse jugale du hamster. Il est, de ce fait, peu employé et l'on préfère un essai minimal par patch test simple sur volontaires. 
Les rouges à lèvres sont des produits anhydres constitués d'un mélange de corps gras appelé « corps blanc » et d'un mélange de pigments. Des compositions différentes permettent d'obtenir des rouges non-transfert, gras, mats, semi-gras, hypoallergéniques ou des brillants à lèvres (gloss). 

Maquillage du teint :


Le marché des fonds de teint, poudres et fards divers représentait, en 2006, 36 % du marché total des produits de maquillage et affichait une progression globale de + 8,2 % avec une prédominance des fonds de teint sous forme de stick. Ils sont destinés surtout à unifier le teint, à en masquer les imperfections et à lui donner de l'éclat. Comme tous les produits de maquillage ils obéissent aux modes et aux coutumes, varient selon les pays et la couleur de base de la peau mais leur composition moderne demeure généralement identique. 

On trouve sur le marché diverses sortes de produits de maquillage du teint : 
• des fonds de teint coulés ou fluides ;
• des poudres libres ou compactes ;
• des fards à joue gras, compacts ou moulés. 

Historique :
Au même titre que la coloration des lèvres, celle du teint est d'origine très ancienne. Les ocres étaient mélangés à des graisses animales et appliqués sous forme de pommades, mais on utilisait aussi des colorants d'origine végétale (anthocyanes des fleurs et des baies) ou animale (carmin, kermès). Le rouge était obtenu également par irritation des joues. Le « fard aux piquants » de Kabylie est une poudre de scille rouge dont les raphides acérés pénètrent dans la peau. La peau de pêche blanche donne un résultat moindre mais apprécié. La pâleur du teint était obtenue par application de carbonate de plomb (céruse), de talc, de kaolin, de craie, de plâtre, et plus tard d'onguent dépigmentant à base de sels de mercure. Le rouge était fourni par le sulfure de mercure (cinabre). Les poudres étaient mélangées à de l'axonge (graisse de porc). Ces substances hautement toxiques furent plus ou moins abandonnées à la fin duxviiie siècle. Les colorants synthétiques prirent la relève au début du xxe siècle.



Fonds de teint :
Quelle que soit la nature du fond de teint, les poudres blanches entrent pour environ 10 % dans la composition d'un fond de teint. Elles sont chargées de donner plus de consistance et de couvrance au fond de teint (la couvrance est la capacité que possède une poudre ou une suspension de recouvrir un support, en l'occurrence la peau. Elle contribue à en dissimuler les imperfections et il est possible de l'apprécier, entre autres, par mesure de la couleur [diminution de la couperose du visage, des taches d'hyperpigmentation]). Ce sont : 
• le talc (diluant, lubrifiant) ;
• le kaolin (absorbant, matifiant) ;
• l'oxyde de titane (anti UV et diluant) ou de zinc (opacifiant et couvrant) ;
• le stéarate de zinc, opacifiant qui facilite l'adhérence. 
La proportion de ces « poudres diluantes » est fonction du pouvoir couvrant et de l'opacité désirés. Du mica-titane peut être incorporé comme agent nacrant, ayant pour rôle de réfléchir la lumière. 
Les pigments sont presque toujours des pigments minéraux. Associés aux poudres blanches, ils représentent de 7 % à 10 % de la formulation. Les « pigments optiques » confèrent à certains fonds de teint un effet soft focus qui rend floue la surface de la peau et efface les rides. Ce sont des plaquettes de mica, des particules de talc ou de séricite sous forme lamellaire associées à des billes de silice enrobées qui réfléchissent la lumière de façon unidirectionnelle ou la diffractent. 
Les fonds de teint plus ou moins fluides se présentent sous forme de lait ou de crème. La formule est complexe, associant une émulsion eau/huile (E/H) ou H/E ou eau/silicone, des poudres blanches, des laques et des pigments. La composition des émulsions est classique et l'on trouve encore souvent du stéarate de triéthanolamine comme émulsionnant. Les formules les plus récentes comportent des émulsions d'huiles silicones et des silicones volatils. 
Les fonds de teint en gel sont des solutions aqueuses gélifiées, sans aucun corps gras. Ce type de fond de teint sans couvrance est surtout utilisé pour colorer, pour donner « bonne mine », en particulier pour les hommes. 
Les fonds de teint en sticks ou cakes make-upsont des produits anhydres. Ils sont composés uniquement de corps gras, cires, charges et pigments dispersés à chaud dans le support de base. La couvrance est plus ou moins importante selon la teneur en charges de chaque produit et la technique d'utilisation. On peut même arriver à la transparence. Ils ont été pendant longtemps réservés au maquillage professionnel (cinéma, scène). 
Les fonds de teint compacts two-ways cakessont eux aussi composés de corps gras, de charges et de pigments. Ils se présentent comme une crème coulée et sont réapparus depuis une quinzaine d'années avec des charges absorbantes telles que des billes de silice ou des billes de polyéthylène qui allègent et fournissent une surface mate. Ils peuvent servir à la fois de fond de teint émulsionné appliqué à l'eau ou de poudre compacte très onctueuse (appliquée à sec), mais ils nécessitent alors l'application préalable d'une base. 
Les crèmes teintées ne sont pas des fonds de teint mais des produits de soin colorés. Si les crèmes teintées unifient le teint, elles n'ont pas de réelles qualités de couvrance. Elles contiennent 2 % à 5 % de colorants contre 8 % à 14 % de pigments dans un fond de teint classique.



Poudres :
Les poudres se présentent sous forme de poudres libres, de poudres compactes ou de poudres colorées. 
Les poudres libres sont à base principalement de talc et d'amidon de riz d'où leur ancienne dénomination de « poudre de riz ». Elles contiennent aussi de la sérécite (poudre de mica incolore, le mica étant un silicate d'aluminium et de potassium à structure feuilletée, des amidons modifiés, des polymères organiques (polyoxyéthylène téréphtalate, poudre de polyamide), des stéarates de magnésium et de zinc, du carbonate de magnésium. Les particules de poudre sont parfois enrobées de substances plus ou moins « actives » telles que le lauroyl lysine. 
Les pigments entrent pour 1 % à 3 % dans la composition des poudres : oxydes de fer (jaune, rouge, noir), bleu d'outremer, agents nacrants. Le mélange est complété par la présence d'antioxydants et de parfum. 
Certains produits sont aujourd'hui moins utilisés : 
• le kaolin, qui apporte de l'onctuosité mais qui est trop pâteux (le kaolin ou argile blanche est un silicate d'aluminium) ;
• l'oxyde de zinc, aux propriétés astringentes et bactériostatiques et à bon pouvoir couvrant, mais trop blanc et trop sec. 
Les poudres compactes sont des poudres libres compactées en présence d'un liant à faible concentration (2 %-5 %) qui peut être une huile minérale associée à de la lanoline ou un squalane synthétique. Elles renferment également des monomères qui se polymérisent pour donner naissance à des formes spéciales. 
Les poudres colorées sont des produits de maquillage plus récents. Appelées « terre de soleil ou terra cotta », elles sont à mi-chemin entre les fards et les poudres libres. Leur charge en pigments est assez élevée (7 % à 10 %).



Fards à joues :
Ils peuvent être gras ou compacts. 
Les fards à joue gras sont des mélanges anhydres de corps gras contenant des pigments et leur composition est peu différente de celle des rouges à lèvres. 
Les fards à joue compacts sont des produits moulés obtenus à partir d'un mélange de poudres mis en présence d'un solvant qui peut être de l'eau ou un solvant organique associé à un liant gras ou polymérique réticulé à la cuisson. 
Les fonds de teint fluides sont des émulsions H/E dans lesquelles sont dispersés des mélanges de pigments colorés et d'oxyde de titane qui servent de diluant des teintes et d'opacifiant.
Les fonds de teint cakessont des mélanges de corps gras et de pigments. Ce sont des produits anhydres.
Les poudres sont soit des poudres libres, mélanges de talc, d'amidon, de kaolin, de stéarate de magnésium, et de pigments, soit des poudres compactes dans lesquelles le mélange de poudre est associé à un liant gras qui permet le compactage. 

Maquillage des yeux :

Le marché du maquillage des yeux représente actuellement 31 % des produits de maquillage. Comme il l'a été depuis des siècles, il est toujours particulièrement apprécié. 



Historique :
Le maquillage des yeux est le plus anciennement connu de toutes les formes de maquillage. La forme de l'oeil était modifiée pour des raisons rituelles d'abord, esthétiques ensuite. 
Le maquillage égyptien met en valeur le regard en dessinant autour de l'oeil des femmes comme des hommes un large cercle vert, à l'aide d'une pâte à base de cristaux de malachite. La fente de l'oeil est agrandie avec du khôl (sulfure de plomb ou d'antimoine). Ces substances minérales ont par ailleurs l'avantage de protéger l'oeil des infections. 
Les yeux des peintures byzantines sont ronds et soulignés de noir. 
Au Moyen-Âge, on se farde peu mais on maquille les yeux en les arrondissant par des traits noirs obtenus avec du charbon mélangé à des graisses animales. Au xviie siècle, on marque encore les yeux avec du noir. En revanche, aux xviiie et xixe siècles le maquillage violent des yeux est abandonné au profit du maquillage du teint et des lèvres plus ou moins prononcé. 
L'essor des produits de maquillage moderne a permis au xxe siècle de développer des présentations nouvelles et variées. C'est un maquillage fluctuant dans les formes et les couleurs. L'« oeil de biche » est le plus couramment réalisé parce que considéré comme le plus esthétique mais il peut être plus ou moins appuyé et réalisé en noir, en bleu, en marron. Les paupières peuvent prendre toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et les cils se doivent d'être longs, recourbés et foncés. Le maquillage des yeux fait donc appel à divers produits qui sont les eye-liners, les mascaras, les ombres à paupières et les crayons.



Eye-liners :
Les eye-liners sont des produits liquides plus ou moins visqueux, filmogènes, capables de se fixer solidement sur le bord de la paupière après séchage. 
Les premiers eye-liners étaient noirs ou bleus, aujourd'hui ils existent dans toutes les teintes. Ils sont présentés dans des flacons accompagnés d'un pinceau très fin ou d'un feutre qui permettent l'application. 
Ce sont généralement des émulsions H/E filmogènes, à base de cires et chargées de pigments ou des encres dépourvues de corps gras. Ils contiennent alors : 
• des pigments ;
• de l'eau ;
• un gélifiant qui fournit la consistance et maintient le pigment en suspension ;
• un agent filmogène (alcool polyvinylique, polymère acrylique, gomme laque) qui apporte l'adhérence ;
• des colorants, des plastifiants. 
Les eye-liners « pelables » contiennent de fortes proportions d'alcool polyvinylique.



Mascaras :
Les mascaras sont des produits pigmentés utilisés pour maquiller les cils, les allonger, les recourber et leur donner de la couleur. On leur demande également d'être traitants, de fortifier les cils, de favoriser leur pousse, ce qui nécessite des formules de plus en plus élaborées. 
Pendant longtemps les seules couleurs proposées ont été le noir et le marron. Ces couleurs représentent encore respectivement 80 % et 15 % des mascaras vendus. Les autres sont les divers bleus, parfois le vert mousse. 
Les mascaras, en fonction de leur forme, ont des compositions diverses. 
Les cakes ou tablettes, forme la plus ancienne, sont des pains moulés dans un boîtier. Ils s'appliquent à l'aide d'une petite brosse humectée d'eau. Ce sont des savons (stéarate de sodium) contenant une forte proportion de pigment. Ils sont hydrosolubles. Bien que se dissolvant avec les larmes et l'eau, ils sont encore très utilisés. 
Les mascaras water based sont des émulsions H/E fluides composées essentiellement : 
• d'eau ;
• de corps gras ;
• d'émulsionnants (souvent stéarate de triéthanolamine) ;
• de cires (abeille, carnauba) ;
• de polymères pour l'adhérence sur les cils (polyvinyl pyrrolidone, résine acrylique, gomme arabique, carboxyméthylcellulose) ;
• de pigments qui sont préférentiellement des oxydes de fer. 
Les mascaras waterproof sont des émulsions E/H fluides ou des systèmes anhydres plus consistants à base de cires (cire d'abeille, de carnauba, paraffine), de solvants volatils (silicones volatils, isoparaffines) et de pigments (oxydes de fer). 
Les crèmes et les liquides sont présentés en étuis cylindriques avec une brosse automatique. La forme et la qualité de la brosse sont d'une extrême importance. La formulation est généralement établie en fonction de ces éléments. Elle doit tenir compte de la longueur et de la densité des poils, de leur souplesse, pour que le produit se disperse convenablement à leur surface et s'y maintienne pendant le temps de l'application. 
Dans le but d'obtenir des mascaras « traitants », il est possible d'adjoindre aux compositions de base divers ingrédients ayant des revendications plus ou moins bien établies : 
• de la kératine, protecteur naturel des cheveux et des cils ;
• du panthénol qui favoriserait la pousse ;
• des acides aminés qui stimuleraient la croissance et renforceraient la structure du cil ;
• des mucopolysaccharides considérés comme fortifiants et hydratants ;
• des peptides présentés comme régénérants et nourrissants. 

Ombres à paupières :
Elles sont très utilisées actuellement. Elles se présentent en poudre compacte pressée, dans de petits boîtiers individuels ou en palette de teintes diverses. On les prélève généralement avec un pinceau plat ou une minuscule éponge souple au bout d'un bâtonnet. 
Trois éléments entrent dans la composition des fards à paupières poudre : 
• une charge pigmentaire associée à des nacrants qui représente la base de la formulation ;
• un mélange de poudres telles que talc et polyamide (nylon), qui donnent du glissant ;
• un liant de compactage (en général lipophile) dont le rôle est très important. Il permet le compactage par agglomération des particules entre elles et facilite l'application. La dureté de la plaquette obtenue est conditionnée par la pression de compression qui doit être suffisante pour éviter l'effritement mais pas trop pour permettre le prélèvement. 

Crayons et « khôls » : 
Les crayons sont constitués d'une mine incluse dans un cylindre de bois. 
Les khôls sont des bâtons plus ou moins durs, gras, placés dans un étui. Leur composition se rapproche de celle des rouges à lèvres. 
Les deux formes sont des produits anhydres protégés par un capuchon de métal ou de plastique. 
La mine des crayons contient : 
• des pigments noir, marron, bleu, violet, vert ;
• des cires végétales ou minérales en grande quantité ;
• des corps gras liquides (huiles végétales : huile de ricin, d'églantier, de mélaleuca ou esters gras) ;
• des microbilles de polymères qui facilitent le glissant ;
• des ingrédients actifs traitants : vitamine E, céramide, huile de melaleuca. 
Le mélange est coulé à chaud s'il est suffisamment liquide. Dans le cas contraire, il est extrudé à l'aide d'une boudineuse. Les mines, après refroidissement et durcissement sont placées entre deux plaquettes de bois de cèdre rainurées. Chaque ensemble est ensuite découpé et taillé selon la forme désirée. 
Les crayons à sourcils sont les plus durs. Les crayons à paupières remplacent parfois l'eye-liner à condition d'être suffisamment souples pour ne pas blesser. 
Les vrais khôls étaient à l'origine composés de sulfure de plomb et/ou de sulfure d'antimoine. L'emploi des métaux de ce type est interdit en cosmétique par suite de leur toxicité. Leur utilisation a cependant permis, en l'absence d'autres antiseptiques, d'éviter certaines infections de l'oeil. Quelques pays les emploient encore. 
Il existe des crayons à deux mines, l'une distribuant un ton clair à étendre sur le bord interne des paupières, l'autre un ton foncé qui doit être appliqué sur le bord externe. 
Les crayons khôl sont actuellement à base de micropigments (80 × 1 μm) de type borosilicates de calcium et d'aluminium enrobés d'oxyde de fer fournissant des teintes inédites, or, bronze, rouge, cuivre.



Conservation des produits :
Étant donné leur utilisation en applications multiples, leur composition et surtout le lieu particulièrement sensible des applications, les produits de maquillage pour les yeux doivent être protégés efficacement des contaminations bactériennes. La législation européenne autorise exceptionnellement pour ce faire l'emploi des organomercuriels (thiomersal et sels de phényl mercure) à des concentrations très basses (0,007 % en mercure). Il semblerait toutefois que ces conservateurs soient de moins en moins utilisés. On rencontre parfois un donneur de formol, le quaternium 15, mais surtout des mélanges de parabens et de phénoxyéthanol. Or la protection doit pouvoir se manifester en premier lieu vis-à-vis du Pseudomonas aeruginosa mais aussi des Staphylococcus aureus et epidermidis et les conservateurs actifs contre ces germes ne sont pas nombreux. C'est pourquoi, compte tenu des critiques permanentes à l'encontre des conservateurs de synthèse, les fabricants tentent de trouver d'autres moyens de protection. L'utilisation d'un complexe de polymères qui forme un film à la surface des cils et de la paupière empêchant ainsi l'adhésion des bactéries en est un (Hydromer®) . Rendre antimicrobiens les poils des brosses destinées à l'application des mascaras par fixation d'un oligomère cationique biocide en est un autre .



Tolérance :
Les risques inhérents à l'emploi des produits de maquillage pour les yeux sont d'une part microbiologiques, d'autre part allergiques. Les incidents technologiques de contamination en cours de fabrication ou de mauvaise conservation des produits ne sont généralement pas rapportés mais tous les fabricants sont conscients de la difficulté de préservation de ces mélanges au cours de l'utilisation. Une étude récente vient effectivement de mettre en évidence que, sur 40 tubes de mascara, 36 % étaient contaminés après application quotidienne sur les cils supérieurs et inférieurs pendant 3 mois. Les contaminants étaient principalementStaphylococcus epidermidis, Streptococcus species et quelques fongi . 
Les allergies de contact ont été observées avec le shellac , la colophane , le quaternium 15 ou Dowicil 200® , l'oxyde de fer noir et bien qu'elles ne soient pas rapportées jusqu'ici, les allergies aux résines acryliques sont bien connues, surtout en dentisterie. 
La couleur verte est souvent due aux oxydes de chrome, soit l'oxyde de chrome anhydre (CI 77288) soit l'oxyde de chrome hydraté (CI 77289) et bien que la législation européenne impose l'absence de sels de chrome Cr6+, les meilleures qualités ont une teneur en Cr6+inférieure ou égale à 5 ppm et des réactions allergiques peuvent se produire. 
Les mascaras sont présentés soit en tablettes constituées par un savon mélangé à des pigments et compacté, soit en tube étroit dans lequel coulisse une brosse. Dans ce cas, le liquide introduit dans le tube est une émulsion fluide soit H/E pour les mascaras de base soit E/H pour les mascaraswaterproof.
Les eye-liners sont des émulsions H/E filmogènes chargées de pigments ou des encres sans corps gras gélifiées et filmogènes. Ils sont posés au bord de la paupière en trait fin à l'aide d'un pinceau.
Les ombres à paupière sont des mélanges de pigments et d'agents nacrants associés à un liant gras qui permet le compactage. Elles sont prélevées à l'aide d'un pinceau ou d'un embout spongieux.
Les crayons à sourcils ou à paupières sont formés d'une mine incluse dans un cylindre de bois. La mine est composée de cires végétales et minérales mélangées à une petite quantité de corps gras liquides et à des pigments en grande quantité. 

Conclusion :
Compte tenu de la spécificité des matières premières et des procédés de fabrication employés, compte tenu également de leur étroite relation avec la mode, les produits de maquillage sont un domaine bien particulier de la cosmétique qui est généralement l'affaire de spécialistes. Les grandes marques ne réalisent pas toujours elles-mêmes toute leur production et font appel à des façonniers nationaux ou étrangers comme le font les plus petits producteurs. Le produit de maquillage demeure cependant le produit phare de la cosmétique et bénéficie de tous les efforts de recherche et d'innovation déployés par les physicochimistes, les coloristes et les formulateurs.

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